Le journalisme citoyen : qu’en pensent les professionnels ?

26 04 2010

Si la tendance est au journalisme participatif, on pourrait croire qu’il nuit à la discipline professionnelle. Mais Jean-François Dumont, membre de l’AJP, l’Association des Journalistes Professionnels ne partage pas cet avis. Selon lui ce nouveau type de média n’est en rien une concurrence pour les journalistes professionnels. À l’inverse, il constituerait plutôt un relai de l’information davantage proche de la réalité. Toutefois, il rappelle que les médias participatifs ne sont pas tout à fait au point et explique ses inconvénients.

« Non, je ne fais pas partie des peureux qui craignent la substitution des médias participatifs aux sites d’information professionnels. »

Jean-François Dumont reste confiant. Pour lui, il faudrait, au contraire, se réjouir de l’ascension de cette nouvelle pratique. « Elle démontre l’envie qu’ont les citoyens de participer à l’information, ce qui n’est pas négligeable de nos jours ». Grâce à ces sites, plus de personnes peuvent apporter un regard critique sur l’actualité.

La collaboration, un atout pour les professionnels

Outre le fait que le journalisme participatif constitue une opportunité pour prendre le virage vers une certaine modernité, son efficacité est décuplée lorsqu’une collaboration entre citoyens et journalistes s’opère. « Les journalistes ont tendance à rester cantonnés dans le monde de la presse et se ferment des portes très importantes, celles de l’opinion publique », observe Jean-François Dumont. « On obtient réellement de bons résultats quand citoyens et journalistes professionnels travaillent ensemble via ces sites puisque cela permet de remettre ces derniers plus en phase avec la réalité. Ils sont, par conséquent, mieux raccordés au monde ».

Si le journalisme citoyen propose de nombreux avantages, il n’en découle pas moins quelques dérives. Les premières concernent directement la crise d’identité que la profession traverse. « Le problème réside d’une part dans la perte du monopole du statut de journaliste, explique Jean-François Dumont, et d’autre part dans  le fait que le journalisme citoyen évolue surtout dans le media internet où l’information doit être mise en ligne le plus vite possible ce qui mène à un journalisme de vitesse. S’il est déjà assez délicat et difficile pour un journaliste professionnel de ne pas tomber dans le piège de la course à l’information c’est encore pire pour une personne sans formation. » De plus, l’augmentation de la participation dans le journalisme citoyen constitue  un risque pour le traitement de l’information qui ne fait en général l’objet ni d’un recoupement ni d’une vérification.

Un vide juridique ?

D’après Jean-François Dumont, « un autre inconvénient se trouve dans la confusion pour les lecteurs entre les sites professionnels et ceux qui ne le sont pas.» Ce débat n’est pas nouveau, l’idée d’une labellisation est en effet depuis longtemps sur le tapis. Toutefois c’est un projet qui n’est pas près de se réaliser à cause des critères de labellisation, quasiment impossibles à déterminer sur la toile.

Par ailleurs, la modération des forums fait parfois défaut sur ce genre de sites qui n’ont pas toujours les moyens d’organiser cette interactivité. « Cette tâche reste avant tout de l’ordre du travail journalistique car elle nécessite un recul, une neutralité et parfois même une formation afin de ne pas tomber dans la dérive du défouloir. Mais ici aussi, il est très difficile d’établir des règles tant le web est vaste et impalpable ». La modération des forums demeure donc, tout comme la labellisation, un problème non résolu.

Bref quand on fait le compte, s’il peut (re)connecter les professionnels à la réalité, le journalisme participatif ne semble pas encore convaincre tous les journalistes.

Cécile Holvoet – Nov. 2009 –


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